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Thierry Dubois
Directeur Technique — Colddistribution · 22 ans d'expérience CHR
✔ Contenu vérifié
"Le relevé se fait au chargement, pas au milieu du coup de feu. C'est le seul moment où on a le produit en main et où on peut encore décider de ne pas le sortir. Après, on subit."
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La réglementation ne fixe pas des plages, elle fixe des plafonds : une température maximale à ne jamais dépasser, en tout point du produit. Les valeurs viennent de l'arrêté du 21 décembre 2009 pour les denrées d'origine animale, et de l'arrêté du 8 octobre 2013 pour les autres. Et une tolérance existe à l'exposition — encore faut-il la connaître.
Les températures de conservation des denrées d'origine animale sont fixées par l'arrêté du 21 décembre 2009 et le règlement (CE) 853/2004 : +2 °C pour les viandes hachées et les produits de la pêche, +4 °C pour la découpe et les volailles, +8 °C pour les autres denrées périssables.
Ce sont des maxima, pas des cibles. Le mode de circulation d'air choisi conditionne d'ailleurs la façon dont ces températures se répartissent dans l'enceinte, comme détaillé dans les différents types de systèmes de refroidissement.
Quelles températures la réglementation impose-t-elle ?
Les valeurs ci-dessous sont les températures maximales de conservation fixées par l'arrêté du 21 décembre 2009, en annexe I, et par le règlement (CE) 853/2004. Elles s'apprécient en tout point du produit.
| Denrée | Maximum | À savoir |
|---|---|---|
| Viandes hachées, viandes séparées mécaniquement | +2 °C | La plus stricte du rayon boucherie |
| Produits de la pêche non vivants, crustacés et mollusques cuits | +2 °C | Ou température de la glace fondante |
| Abats d'ongulés domestiques et de gibier | +3 °C | Souvent oublié des tableaux affichés en labo |
| Préparations culinaires élaborées à l'avance en commerce de détail | +3 °C | Concerne le traiteur et le snacking maison |
| Morceaux de découpe | +4 °C | Carcasses entières et pièces de gros : +7 °C |
| Volailles, lagomorphes, ratites, petit gibier | +4 °C | Même seuil que la découpe |
| Préparations de viandes | +4 °C | Brochettes, saucisses crues, marinades |
| Autres denrées très périssables | +4 °C | Entremets et pâtisseries à la crème |
| Lait pasteurisé, fromages affinés | Fabricant | Défini sous la responsabilité du conditionneur |
| Autres denrées périssables | +8 °C | Boissons, produits emballés stables |
| Glaces et crèmes glacées | −18 °C | Dérogation à l'exposition, voir plus bas |
Attention à une valeur qui circule beaucoup et qui n'existe pas : le +6 °C pour la charcuterie et le traiteur. On le lit partout, y compris sur des sites de matériel. Selon le produit, le plafond est de +3 ou +4 °C. Un rayon tenu à +6 °C est en infraction, et son gérant croit être en règle.
Pourquoi parle-t-on de plafonds et non de plages ?
Parce que le texte fixe une température à ne pas dépasser, sans plancher. « 0 à +4 °C » est une formulation commerciale, pas réglementaire. La bonne lecture, c'est : au maximum +4 °C.
La nuance a des conséquences pratiques. Personne ne vous reprochera d'être plus froid que le seuil — sauf le produit lui-même, qui peut souffrir d'un excès de froid. C'est le cas des pâtisseries fines, dont la texture se dégrade bien avant que la sécurité sanitaire soit en jeu.
On entend souvent qu'il faudrait viser le milieu de la fourchette. Sauf qu'il n'y a pas de fourchette. Il y a un plafond réglementaire d'un côté, et une qualité produit de l'autre — et c'est entre les deux qu'on règle, pas au centre d'une plage qui n'existe pas.
Quelle tolérance existe pendant l'exposition à la vente ?
L'annexe I de l'arrêté du 21 décembre 2009 admet un écart de +3 °C en surface, pour de brèves périodes, lors du chargement, du déchargement et de la présentation à la vente.
Autrement dit : une vitrine n'est pas un stock. Le texte reconnaît qu'un produit manipulé, sorti, remis, exposé derrière une vitre, ne peut pas tenir la même valeur qu'en chambre froide. Cette tolérance existe, elle est écrite, et presque personne ne la cite — ni les fournisseurs de matériel, ni les organismes de formation.
Attention toutefois à ne pas en faire un permis. « Brèves périodes » ne veut pas dire toute la journée, et la tolérance porte sur la surface, pas sur le cœur du produit. Elle sert à couvrir un pic de manipulation, pas un réglage approximatif.
Le cas particulier des glaces
Même arrêté, autre dérogation : l'exposition des glaces et crèmes glacées pour consommation immédiate échappe au seuil de −18 °C, dès lors que l'approvisionnement se fait en quantités adaptées aux besoins du service.
C'est ce qui rend légal ce que tout glacier fait déjà. En stockage, on tient −18 à −20 °C. Au service, on remonte à −14 ou −16 °C, parce qu'à −18 la glace est trop dure pour être portionnée correctement à la cuillère. Le bac de service n'est pas un bac de stock : petites quantités, renouvelées.
Et les produits qui ne sont pas d'origine animale ?
Ils relèvent d'un texte différent : l'arrêté du 8 octobre 2013. Fruits et légumes, pâtisseries sans produit animal, chocolat n'entrent pas dans le tableau précédent.
Le chocolat mérite une mention à part, parce qu'il est le cas où la logique s'inverse. Sa température de tenue, autour de +14 à +18 °C, ne relève d'aucune obligation sanitaire — c'est une exigence de qualité. Trop froid, le beurre de cacao se fige et le produit blanchit. Ce qui explique qu'une vitrine à chocolat ne soit pas une vitrine à pâtisserie réglée plus haut, mais un meuble différent, avec une régulation d'hygrométrie.
Ce qu'on oublie souvent : dans un même commerce, deux meubles peuvent relever de deux textes distincts. Le tableau affiché en labo ne couvre pas tout ce qui est exposé en boutique.
Quand faut-il relever la température ?
Au chargement, en début de service. C'est le moment où le produit est en main, où l'on peut encore décider de ne pas le sortir, et où une anomalie se rattrape sans perte.
Un relevé pris en plein coup de feu n'a pas grand sens : personne n'a le temps de le faire correctement, et surtout personne n'a plus la main sur ce qui est déjà exposé. Sur le terrain, les registres tenus en heure de pointe sont soit incomplets, soit remplis après coup.
Ce que chaque ligne doit porter : la date, l'heure, la valeur relevée, le point de mesure, l'opérateur, et l'action menée en cas d'écart. C'est cette dernière colonne qui manque presque toujours — un écart consigné sans suite vaut aveu, pas preuve de vigilance.
Et la mesure se fait sur le produit, avec une sonde, pas sur l'afficheur du meuble. Ce que raconte l'afficheur, et pourquoi il ne dit pas la même chose que la denrée, est expliqué dans notre guide sur la régulation et le contrôle de la température.
Questions fréquentes sur les températures en vitrine réfrigérée
Quelle température pour la viande hachée en vitrine ?
+2 °C au maximum. C'est le seuil le plus strict du rayon boucherie, à égalité avec les produits de la pêche.
La charcuterie peut-elle être exposée à +6 °C ?
Non, et c'est l'erreur la plus répandue du secteur. Ce chiffre traîne sur beaucoup de sites, y compris professionnels, sans exister dans aucun texte. Selon la nature du produit, le plafond est de +3 °C pour une préparation culinaire élaborée sur place, ou de +4 °C pour une préparation de viande. Un rayon tenu à +6 °C est hors des clous, et son responsable est généralement convaincu du contraire — c'est justement ce qui rend l'erreur coûteuse.
À quelle température servir une glace ?
Entre −14 et −16 °C pour qu'elle reste portionnable à la cuillère, contre −18 à −20 °C en stockage. La réglementation le permet pour la consommation immédiate, à condition d'approvisionner le bac en petites quantités adaptées au service.
Le chocolat est-il soumis aux mêmes règles ?
Non. Ce n'est pas une denrée d'origine animale au sens de l'arrêté du 21 décembre 2009, et sa température de tenue relève de la qualité, pas de la sécurité sanitaire.
Faut-il mesurer l'air ou le produit ?
Le produit. L'air renseigne sur le fonctionnement du meuble, la sonde sur la conformité de ce qu'on vend.
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